Fri 06/08/2021 - 10:25

En permettant de dépasser les barrières linguistiques et culturelles, le sport a toujours été un vecteur d’espoir et d’intégration. Pratiqué en équipe ou dans des structures collectives comme les clubs, le sport permet notamment de passer outre certaines mailles culturelles qui empêchent certaines populations de se croiser. Cela est d’autant plus vrai pour les millions de personnes déplacées à travers le monde, pour qui le sport permet de nouer des nouveaux liens, servir d’échappatoire face à une réalité souvent difficile, ou simplement de pratiquer sa passion. Récits croisés de deux exemples d’intégration dont l’élément central est le langage universel du sport.

L’équipe olympique réfugiée

Ces deux dernières semaines se sont déroulés à Tokyo les Jeux Olympiques. Partout autour du monde, les amateurs de sport ont pu suivre leurs disciplines préférées, et soutenir leurs équipes. Une équipe, cependant, sort du lot. Elle ne représente aucune nation, et les sportifs la composant proviennent des 4 coins du monde : l’équipe olympique de réfugiés.

Née il y a maintenant 5 ans, l’équipe olympique réfugiée vise à donner une chance de participer à la compétition à ceux qui excellent dans leur discipline, mais ne peuvent pas représenter le pays qu’ils ont fui. Leurs parcours, semés d’embûches et d’expériences difficiles, ne les ont pas poussés à baisser les bras. Au contraire, leur passion pour le sport leur a permis de persévérer et d’arborer avec fierté le statut de réfugié, inspirant des millions de personnes qui se trouvent dans une situation similaire à travers le monde. 

Cette année, 29 athlètes prenant part à 12 disciplines différentes participent aux jeux olympiques de Tokyo, et souvent, leur expérience en tant que réfugiés et leur passion pour le sport sont entremêlées. C’est le cas notamment de Tachlowini Gabriyesos d'Érythrée, un des marathoniens de l’équipe, qui enfant a dû traverser un désert à pied avec son frère pour fuir. C’est aussi l’histoire de Yusra Mardini, nageuse originaire de Syrie, qui s’est retrouvée avec sa soeur à devoir tirer à la nage sur plusieurs kilomètres l’embarcation de fortune qui les amenaient en Europe alors que celle-ci était en train de couler. Leur action a permis de sauver des vies et les passagers de la barque ont pu atteindre le rivage en sécurité. Chacune et chacun, par leurs histoires personnelles, sont des exemples de courage et de résilience immenses.

Cette participation aux jeux olympiques comporte donc une haute charge symbolique pour l’équipe: être accepté pour son talent, son humanité et sa persévérance lorsque l’exclusion est encore trop souvent la norme pour les réfugiés, partout.

« C’est pour nous une source d’espoir que le monde nous reconnaisse en tant qu’êtres humains. Le sport nous a ouvert des portes et maintenant, on peut constater le talent d’un grand nombre de réfugiés. »

a indiqué James Nyang Chiengjiek qui va concourir dans le 800 mètres et faisait déjà partie de l’équipe à Rio. Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a lui aussi témoigné de son profond respect et de son admiration pour l’équipe.

« Voir ces athlètes réfugiés honorés et applaudis sur la scène olympique était un moment exceptionnel, symbolisant les plus de 82 millions de personnes déracinées de la planète, ainsi qu’un rappel au monde entier que les réfugiés peuvent contribuer puissamment à la société s’ils ont la possibilité de concrétiser leurs rêves et de vivre leurs passions. »


Plus d’informations à propos de l’équipe olympique des réfugiés.

 

Le sport comme facteur d’intégration

Tous les sportifs ne participent pas aux jeux olympiques, qu’ils soient réfugiés ou non. Mais le sport est indéniablement un facteur d’intégration puissant, où que l’on soit dans le monde. Janghiz, à Bellinzone, en est un parfait exemple proche de chez nous.

Grand amateur de football, Janghiz a grandi en Syrie en tant qu’apatride. Lorsqu’il ne devait pas travailler pour soutenir financièrement sa famille, on pouvait toujours le trouver un ballon aux pieds. En 2010, il participa à une manifestation avec d’autres apatrides pour revendiquer des droits fondamentaux, la plupart des apatrides n’ayant aucun statut légal et se retrouvant souvent dépourvus des droits les plus élémentaires. Après cette manifestation, il fut arrêté et emmené successivement dans plusieurs prisons au sein du pays. Lorsqu’il fut finalement relâché en 2011, il partit pour la Suisse et y déposa sa demande d’asile.

Janghiz en plein entraînement. ©UNHCR/Alfio Tommasini
Janghiz en plein entraînement. ©UNHCR/Alfio Tommasini

Arrivé en Suisse, il fait ensuite face à un nouveau défi : celui de s’intégrer dans un nouveau pays dans lequel la culture et la langue lui sont étrangers. Sur les conseils d’un travailleur social, Janghiz rejoint vite un club de football de sa région, dans les montagnes tessinoises.

“Ce n’était pas facile d’arriver en Suisse, mais le sport m’a beaucoup aidé pour m’intégrer. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de Suisses, mais aussi des personnes du monde entier”

Les entraînement, organisés par le projet Sotto lo stesso sole de l’antenne tessinoise de l’Oeuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO) préparent le terrain à l’intégration pour de nombreuses personnes déplacées, comme Janghiz. Après quelques temps d’entrainement et d’investissement, les joueurs ont la possibilité d’intégrer une équipe régionale, élargissant ainsi leurs cercles et faisant partie d’une communauté locale grâce au sport.

Aujourd’hui, Janghiz travaille comme concierge à 50% dans quelques immeubles. Cela lui a permis de rencontrer de nombreux voisins, et même à changer le point de vue de quelques personnes au sujet des requérants d’asile. Mais le trentenaire ne se satisfait pas de ce qu’il a obtenu jusqu’à aujourd’hui : il rêve de lancer sa propre entreprise dans le domaine de la jardinerie.

“Je ne veux pas être dépendant d’un chef ou d’un patron. J’y pense depuis longtemps, mais je préfère y aller gentiment. Piano piano.”

 Découvrez l'article complet sur Janghiz sur le site global du HCR